Mon positionnement sur la question du glyphosate

Mon positionnement sur la question du glyphosate

Mon positionnement sur la question du glyphosate

Je fais partie des Députés qui ont voté ce samedi à 4h du matin, contre l’amendement qui proposait l’interdiction du glyphosate, ce qui a suscité nombre de réactions.

Si je peux comprendre vos interrogations, je n’accepterai en aucun cas les insultes, ni les images-chocs et encore moins la violence de certains propos diffamatoires diffusés dans l’anonymat des réseaux sociaux.

Je ne peux accepter ce débat caricatural qui consiste à faire croire que les méchants agriculteurs chercheraient à empoisonner les gentils Français. Ce manque d’honnêteté intellectuelle qui incite certains à dire que tout serait tellement simple, qu’il suffirait de tout interdire du jour au lendemain et que tout irait mieux. Comme si une interdiction réglait quoi que ce soit, comme si elle faisait miraculeusement apparaître des alternatives. Comme si ces alternatives n’étaient pas en train d’être recherchées par la communauté scientifique et par des agriculteurs de bonne foi, qui eux aussi souhaitent sortir de l’usage de ce pesticide parce qu’ils sont les premiers concernés, mais ont besoin d’être accompagnés. 

Mais je ne souhaite pas entrer dans ce débat qui ne me semble ni représentatif ni à la hauteur des enjeux. Nombre d’entre vous s’interrogent néanmoins sincèrement sur ce vote. C’est à eux que je souhaite répondre, comme j’avais déjà pu le faire au printemps.

Je tiens tout d’abord à rappeler la genèse de cet engagement à sortir du glyphosate :

A l’automne 2017, alors que l’Union européenne s’apprête à reconduire les autorisations du glyphosate pour 15 ans, c’est la France qui s’est mobilisée. A force du travail de négociation mené par le Gouvernement, et notamment par la secrétaire d’Etat Brune Poirson, nous avons réduit cette reconduction à 10 ans, puis 5 ans. 

En Novembre 2017, le Président de la République s’est engagé à sortir du glyphosate en trois anset a demandé aux ministères de l’Agriculture et de la transition écologique de travailler à des alternatives.

C’est donc bien notre majorité qui est à l’initiative de la sortie du glyphosate, et notre engagement sur ce sujet n’a pas faibli.

Oui, notre objectif reste de sortir du glyphosate d’ici trois ans, c’est-à-dire avant 2021.

C’est une priorité environnementale et sanitaire pour notre pays.  Nous voulons que l’usage de ce pesticide cesse, et ce, de manière effective. Nous avons trois ans pour y parvenir. Cela implique de mettre en œuvre un certain nombre de moyens plutôt que d’interdire : d’accompagner nos agriculteurs, de responsabiliser les filières et de développer des alternatives.

Ainsi, le ministre de la Transition écologique et le ministre de l’Agriculture ont annoncé la création d’un centre de ressources, le renforcement des actions d’accompagnement, le suivi des quantités vendues et utilisées ou encore la mobilisation des réseaux territoriaux des chambres d’agriculture. 

Le Parlement reste également pleinement mobilisé. À l’initiative du groupe LaREM, une mission d’information sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate débutera ses travaux le 27 septembre prochain. Car oui, nous faisons le pari de la confiance, mais nous restons vigilants. Ainsi, nous prendrons nos responsabilités en inscrivant cette interdiction dans la loi si les acteurs ne se saisissent pas du sujet dans le temps imparti.

Nous poursuivons notre action au niveau européen. 

Car l’enjeu est là ! Nous sommes dans un marché unique européen avec lequel il nous faut composer. Quelle efficacité à interdire des pratiques à nos agriculteurs français que leurs homologues européens se permettraient encore ?

Dans les faits, nos agriculteurs se retrouveraient pénalisés et contraints d’augmenter leurs prix pour compenser les coûts induits par un changement de modèle agricole. En conséquence, la plupart des consommateurs se détourneraient de la production locale pour acheter des produits étrangers moins chers. Résultat : les plus aisés pourraient s’offrir une alimentation sans glyphosate, et les autres en consommeraient toujours, mais dans des produits en provenance de pays voisins. Ce n’est pas ce que nous voulons.

C’est pour cela que nous nous sommes battus à Bruxelles pour réduire la durée de renouvellement du glyphosate, et que nous avons réussi à obtenir cinq ans. Nous devons poursuivre cette action, car dans un marché intérieur ouvert, il est essentiel que les mêmes règles s’appliquent à tous.

Nous nous mobilisons pour réduire l’utilisation de tous les pesticides, pas uniquement du glyphosate.

Notre majorité s’est engagée contre l’usage des produits phytopharmaceutique, et a voté trois avancées majeures dans ce même projet de loi Agriculture samedi matin :

  • L’interdiction des remises, rabais et ristournes sur l’ensemble des produits phytopharmaceutiques.
  • Le renforcement de l’interdiction des néonicotinoïdes (qui ont notamment un impact sur la mortalité des abeilles, essentielles à la pollinisation, et dont la population subit une chute absolument catastrophique en France).
  • L’incompatibilité des activités de conseil et de vente de produits phytopharmaceutiques pour éviter les conflits d’intérêt et les surventes.

Il s’agit d’avancées importantes pour notre santé, attendues de longue date et qui auront un impact réel sur l’utilisation des produits pesticides. J’aimerais que l’on puisse également entendre et valoriser les choses lorsqu’elles sont positives. 

En un sens, vos nombreux messages me rassurent, car ils expriment une impatience collective. Continuez à vous mobiliser, je vous en remercie, mais avec deux maîtres mots : bienveillance et respect. Vous êtes « consommacteurs ». Les agriculteurs comme les entreprises produisent ce que vous achetez. Vous êtes les accélérateurs de la transition écologique. 

Tant que vous continuerez à faire valoir votre volonté d’une alimentation plus saine, les prises de conscience continueront à se faire, les pratiques évolueront progressivement, comme elles le font déjà.

Notre gouvernement continuera à encourager et à accompagner la transition écologique, car elle est essentielle, pour nous, nos enfants, notre alimentation, et notre environnement. Il donnera, comme aujourd’hui, des moyens, un objectif et un délai à respecter. J’en suis garante devant vous.

Si par ailleurs, d’aucuns souhaitent discuter plus longuement et de manière constructive sur ce sujet, je serai ravie de le faire. J’ai reçu, je reçois de nombreux concitoyens dans ma permanence : ma porte vous est ouverte, mais toujours dans la bienveillance et le dialogue.

À très bientôt.

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