Interview de Christelle Dubos à Exp’Hotel : les états généraux de l’alimentation

Interview de Christelle Dubos à Exp’Hotel : les états généraux de l’alimentation

Suite à notre interview de Bordeaux.tv animée par Kyril Cousew, sur le salon Exp’Hotel de Bordeaux, voici quelques éléments d’informations  :

On entend beaucoup parler des États généraux de l’alimentation, mais finalement, c’est quoi ?

Les états généraux ont été lancés en juillet dernier sur la base d’un constat simple : celui que notre modèle n’est plus durable.

C’est une méthode de concertation inédite, impulsée par le Président de la République, qui vise à remettre à plat les relations entre les agriculteurs, les transformateurs de produits alimentaires et les distributeurs.

Au sein de la commission des affaires économiques à laquelle j’appartiens, nous avons eu 22 auditions qui ont conduit à entendre des acteurs institutionnels, des producteurs, des transformateurs, des distributeurs et des consommateurs.

Les objectifs étaient les suivants:

  • Établir un diagnostic de l’ensemble des acteurs,
  • Permettre aux députés de relayer les préoccupations des Françaises et Français,
  • Identifier les pistes de réflexion et préconiser des recommandations.

Comment y avez-vous participé en Gironde ?

Nous avons rencontré des professionnels, participé à des colloques. Par exemple, le 20 octobre dernier a eu lieu un séminaire/table ronde très intéressant organisé par la DRAAF de Nouvelle Aquitaine.

Nous avons, nous-mêmes, rencontré des professionnels, viticulteurs, maraichers, éleveurs à notre permanence de Créon. Ces expériences sont concrètes, enrichissantes, rassurantes.  Le monde agricole est loin d’être inactif devant les grands enjeux de notre 21e siècle.

Quels sont les premiers constats et quelles pistes sont-elles explorées ? 

La situation économique et sociale des producteurs en amont est critique. Selon la mutualité sociale agricole, 50% des agriculteurs reçoivent moins de 354€ par mois en 2016. Par ailleurs, le prix d’achat aux producteurs est construit à partir du prix souhaité de vente au consommateur et non au coût de production constaté. Il convient donc d’augmenter la valeur ajoutée des exploitations par :

  • une augmentation de la qualité (c’est une montée en gamme),
  • la valorisation des productions locales (par l’adoption de circuits courts)
  • la diversification des productions,
  • Valorisation des services environnementaux rendus par les producteurs

Le constat est fait d’un manque de dialogue et de concertation des différents acteurs des filières. Il en résulte un attentisme vis-à-vis de l’État que ce soit en termes législatifs ou réglementaires pour équilibrer les rapports de forces.

Troisième constat, il existe un manque d’information et de transparence sur les éléments constitutifs du prix. Il est nécessaire de responsabiliser les distributeurs par un encadrement des promotions et des seuils de revente à perte.  Aussi, le consommateur doit être mieux informé de la saisonnalité, l’origine des produits de leur qualité. Un effort doit être fait pour mieux diffuser comment se prépare un produit brut. Ces apprentissages, ces recettes, de nos grands-mères ont été perdus.

Soyons clairs, le consommateur est prêt à payer plus cher à condition qu’on lui justifie et garantisse le surcout d’une qualité meilleure. La démarche entreprise sur les indicateurs nutritionnels est bonne et tout ce qui concourt à fiabilité les labels de qualité est à encourager.

Les solutions que vous évoquez sont-elles applicables en Gironde ? 

Bien sûr, comme je vous le disais, nous avons mené notre propre concertation en rencontrant un viticulteur, le Groupement des éleveurs Girondins, des maraichers, des éleveurs.

La production girondine est à 85% viticole et le foncier est rare. En dehors des châteaux exceptionnels, les revenus sont insuffisants pour en vivre dignement, nous avons rencontré des viticulteurs qui ont su se diversifier.

Une belle expérience nous a été décrite : une vigne familiale transmise, mais avec une surface insuffisante pour générer des revenus convenables, d’où l’apprentissage d’une production de légumes en bio, puis la mise en place d’une vente sur place et enfin, la production d’oeuf et de poules. On est typiquement dans les pistes soulignées par les EGA : la recherche d’une valeur ajoutée par une diversification des productions et la différenciation par le bio.

Autre expérience : le Groupement des Eleveurs Girondins. 150 producteurs en Gironde et 70% sont des viticulteurs. Ils ont su se différencier en créant l’IGP « agneau de Pauillac » et revalorisé ainsi le prix au kilo de 33%. Concernant les bovins, après la crise de la vache folle, ils ont réagi en créant une coopérative et un identifiant commun « Signature des Eleveurs girondins » puis on raccourcit la filière de commercialisation en ouvrant 1, 2 puis 4 magasins. Aujourd’hui 60% de leur production passe par leurs magasins. Ils sont en train de bâtir un abattoir qui devrait ouvrir ses portes en juin 2018. Ils ont créé des emplois passants de 6 à 50 personnes. Nous sommes à nouveau dans les préconisations des EGA : la création de labels lisibles, la vente en circuit court et un nécessaire regroupement des producteurs.

La vitalité de nos agriculteurs et leur capacité d’adaptation sont exceptionnelles. Ce sont des exemples à suivre.

Quelle est la suite des États généraux d’alimentation ?

Les États généraux de l’alimentation comprennent 2 phases.

La première phase était centrée sur les enjeux économiques de la création de la valeur et de sa répartition entre les acteurs.

La seconde phase est consacrée à la transformation des modèles de production et au choix de consommation

A l’issue de ces deux phases sera mis en place un « agenda des solutions » et l’ensemble des dispositions législatives des États généraux d’alimentation feront l’objet d’une loi qui sera déposé et voté au premier semestre 2018.

Pour conclure :

Nous sommes très confiants, fait unique et historique, une charte d’engagement a été signée mardi 14 novembre 2017 par tous les acteurs de toute la chaine : de la production à la distribution en passant par les entreprises de l’alimentaire et avec un volet spécifique pour la coopération agricole.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *